Après avoir mené une recherche par l’improvisation au piano préparé, je développe aujourd’hui différents projets scéniques qui ouvrent le champ du piano et renouvellent sa lutherie.
Ce qui m’anime, c’est de donner corps à ce traitement expérimental du piano à travers la composition et le jeu scénique. Il s’agit pour moi d’habiter le piano autrement — de visiter son histoire, de bousculer ses repères, les manières de le jouer, de l’entendre, de le ré-enchanter. Et cela toujours à travers des regards croisés, où la musique inspire et se nourrit des arts visuels, de la danse, du théâtre.
Je fabrique souvent mes spectacles à partir d’une pièce de répertoire. Mon choix se fait de façon intuitive — par la nature d’un fragment, d’un affect, d’un événement, ou de la mémoire de quelque chose d’absolument émouvant qui fait trace et me lie à une œuvre. Je suis connectée à elle peut-être parce que je l’ai longuement côtoyée, travaillée, réfléchie, ingérée, jouée en public… La pièce agit alors après coup comme un fantôme qui me hante, un objet revenant, une présence qui insiste.
Je la travaille dans une sorte de décomposition — puis recomposition du matériau. Mais ce qui se passe, ce qui a lieu, c’est un moment où le son reprend ses droits, redevient la chose première — un son libre, affranchi des règles et des lois que lui impose la tradition musicale.
Cette pratique de décomposition n’est pas destructrice mais générative : elle ouvre l’œuvre à de nouvelles possibilités d’existence, à d’autres modes d’écoute. C’est ma manière actuelle, non exhaustive, d’inventer mes propres formes et mes propres règles musicales.
Au-delà du matériau musical, décomposer devient un vrai mode de pensée. S’émanciper des gestes hérités, interroger les coutumes et les contraintes qui structurent notre rapport à la musique savante, défaire les représentations dominantes : autant de manières de se réapproprier un langage, un corps, une écoute.
Recomposer, c’est alors inventer de nouvelles grammaires et de nouvelles architectures — créer des agencements inédits qui questionnent notre rapport au patrimoine et à la création. Penser la création comme compostage : où ce qui se défait nourrit ce qui advient, matériellement et spirituellement.
Quelques dates :
En 2021, j’ai crée Pianomachine, un projet dans lequel instrument est greffé d’un système électromécanique. Plusieurs spectacles vont naitre de ce dispositif.
En 2023, j’ai développé une autre lutherie avec Anatomia, un piano à queue démontable entièrement, et capable de « voler » sur scène.
En 2025, j’ai crée le spectacle Un pays supplémentaire pour les enfants avec des sculptures de pièces pour piano;
Depuis 2026, je fais une nouvelle recherche avec un dispositif qui transforme piano disklavier en un moteur de simulation physique via l’environnement Max/MSP. Projets en cours pour 2026 et 2027

