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Expérience performative, visuelle et sonore

Création le 10 mars 2021, Scène Nationale d’Orléans

Claudine Simon : conception, pianiste performeuse – Vivien Trelcat : lutherie informatique, performeur machines – Pauline Simon : regard chorégraphique – Franck Lemonde : textes – Jacques-Benoit Dardant : lumières, scénographie, régie générale – Collectif Sonopopée (Vivien Trelcat, Max Lance, Nicolas Canot) développement et design machines – Etudiants Insa de Lyon : prototypes machines

J’ai toujours considéré le piano comme un corps, un organisme. J’ai toujours voulu savoir ce qui se passait à l’intérieur, quelle était cette machinerie, puissance inquiétante roulant et grondant sous son coffre de bois. Au souvenir des paroles de mes professeurs qui me disaient comment l’apprivoiser (on a d’ailleurs été éduqués comme des machines à chercher la précision du geste…), je ressens un intense enjeu. Je souhaite réaliser depuis longtemps une création qui aurait au cœur de son objet cette machine, cette masse, son intensité, ses mécanismes. Dans le même temps, je voudrais à travers elle interroger ce « corps à corps » qu’elle livre à la machine humaine pour faire œuvre sonore.

Pianomachine procède d’une recherche organologique que j’ai menée avec des étudiant·e·s ingénieur·e·s de l’Insa de Lyon, puis avec le collectif Sonopopée (Vivien Trelcat, Max Lance, Nicolas Canot). Elle a donné lieu à  la création d’un instrument hybride où des modules robotisés (percuteurs, résonateurs, masses rebondissantes…) sont greffés dans le corps du piano et agissent sur les cordes et la structure. L’instrument est conçu comme une extension de la puissance d’agir de l’interprète.

Le corps à corps, c’est par nature aussi bien celui d’une lutte que celui du désir, de la sensualité et du plaisir, l’union des amants. Mais c’est surtout celui qui relie les machines et les hommes depuis des siècles. Car il s’agit de faire entrer en résonance ces corps, l’humain et l’instrument, de parler de l’intérieur et de l’extérieur, de ce qui est donné à voir et à entendre et de ce qui ne l’est pas. Un dialogue va se nouer entre les deux « sujets » à travers des échanges sonores, verbaux, gestuels, dans une sorte de récit visuel.

Production déléguée : GMEM-CNCM Marseille https://gmem.org/production/pianomachine/ co-production La muse en circuit CNCM-Alforville, La Fondation Royaumont, Financé par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes. Soutiens : Saintex culture numérique Reims, Insa de Lyon, Césaré CNCM-Reims, Malraux Scène Nationale Chambéry Savoie

 

 

Chorégraphie : Sébastien Laurent – Musique originale : Claudine Simon et Eric Broitmann – Interprétation : Claudine Simon et Sébastien Laurent – Musique électroacoustique : Eric Broitmann – Assistante à la chorégraphie et dramaturgie : Pauline Simon – Lumières : Xavier Libois – Scénographie : Frédéric Hocké et Violaine Decazenove – Production : Compagnie Moi Peau

SOLI.DES : deux solos qui affirment leur pluriel, celui du danseur avec le plateau, celui de la musicienne avec son instrument, comme l’enjeu de chacun de ces deux-là à éprouver les multiples déploiements d’une incarnation. Deux corps à corps engagés. Le piano, cet obscur objet du désir. Au-delà des notes, le piano comme partenaire à part entière. Instrument décomposé, décortiqué, déconstruit, cordes musicales, tel un paysage d’où surgissent des villes entières. Le piano n’accompagne plus le danseur, il le bouscule, le contraint jusque dans son corps.
La musique redéfinit l’espace, fait émerger des formes nouvelles. Produire une musique de notes, de gestes et d’essoufflements.
Soli.des ? Un trio plutôt qu’un duo, donc, une exploration passionnante au-delà de la relation entre la danse et la musique.

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Elise Dabrowski : chant, contrebasse & Claudine Simon :  piano préparé.

« RISS, c’est le nom de ce nouveau duo formé. RISS comme faille ou fissure : la faille qui laisse entrer et circuler l’air et permet la communication entre quantité d’univers musicaux. Les deux musiciennes en effet n’ont pas envie de se fixer sur une approche de la musique et une seule. Ce qu’elles cultivent par dessus tout, ce sont les passerelles, les chemins croisés. » Anne Montaron

Ce duo est constitué par deux musiciennes de formation classique rompues à l’art de l’improvisation. Elles sont tendues dans un même désir de subversion. Voila maintenant, pour chacune d’elles, des années à passer l’écriture et les formes musicales au crible pour en renverser la logique discursive, structurelle.

Ici, à partir d’extraits d’œuvres reconnues de Schubert, Berg… œuvres qui les ont nourries et formées, les deux musiciennes décident de se placer en position d’étrangères.

Expérimenter en lieu et place de l’interprétation, voilà la nouvelle posture. Il s’agit de créer, de déconstruire ces pièces, d’ouvrir à de nouveaux possibles qui vont procurer de nouvelles sensations, d’autres émotions.

Ces extraits choisis seront manipulés, distordus, décalés par le biais de l’improvisation et d’une écriture résolument contemporaine (instruments préparés). Cette démarche donne lieu à l’éclosion d’un second niveau de langue. Un langage fondé sur l’expérimentation et qui se crée en réaction aux savoirs faire antérieurs.

A la confrontation de ces langages musicaux, se mêlera une langue poétique, verbale, parlée ou musicalisée, celle de Gherasim Luca. Ce poète roumain propose, du reste, avec son œuvre un trajet similaire. Tout se passe comme si la poésie de Luca luttait à tout bout de « chant » contre une langue par trop « commune ». Fendre les mots ou faire bégayer la langue. Travailler aux limites du dire, dans ses impossibilités, en direction de l’enfance d’une langue, en déconstruisant les lieux communs, stéréotypes et clichés du langage avec une oreille d’étranger, car l’étranger entend autrement, et par là formuler de nouvelles syntaxes, ouvrir à de nouveaux possibles.

Conception, mise en scène de Samuel Sighicelli – Texte, Tanguy Viel.

Une alchimie entre le Winterreise (« Voyage d’hiver ») de Schubert et l’aventure glacière d’un chercheur en Antarctique.

Chant d’hiver est une plongée musicale et scénique dans la nuit polaire antarctique, portée par le récit librement inspiré d’une mission scientifique du glaciologue Claude Lorius en 1984. Au cours de cette mission le carottage de la glace et son analyse chimique révélèrent les premières preuves de l’influence de l’activité humaine sur les changements climatiques.
L’expérience du pôle Sud, décrite par Tanguy Viel et mise en musique et en scène par Samuel Sighicelli, laisse peu à peu apparaître des lieder empruntés au « voyage d’hiver » de Schubert. La vision romantique du monde en tant que « grande âme » et l’appréhension scientifique actuelle de la Terre peuvent se rencontrer à un endroit, peut-être que cet endroit est tout au bout du monde, dans la nuit et le froid, là où le sol glacé livre ses secrets ancestraux. Un homme – à la fois le glaciologue en mission et le voyageur de Schubert – se débat dans le froid : la musique créée ici est alternativement le paysage dans lequel il évolue et l’expression de ce qu’il vit physiquement et intérieurement.

La partition est portée par deux musiciennes et un comédien, dans un dispositif sonore et visuel, où les interactions entre texte, lumière, son et vidéo dessinent une polyphonie sensorielle. Les emprunts à Schubert y trouvent une place singulière, aux confins de la musique, comme nous parvenant de très loin dans la tempête…

Conception, mise en scène Samuel Sighicelli
Musique Samuel Sighicelli (avec la complicité d’Elise Dabrowsky et Claudine Simon), Franz Schubert (Lieder emprunté au cyle Winterreise de Franz Schubert (texte de W. Muller) et Mondnacht, lied de Robert Schumann (texte de J.B. Von Eichendorff)

Texte original Tanguy Viel, vidéo Fabien Zocco, Scénographie Élodie Monet, Direction du mouvement Marian Del Valle, Lumières Nicolas Villenave / Son, informatique musicale MAx Bruckert, Régie plateau Julien Duprat : Avec Elise Dabrowski mezzo soprano, contrebasse / Claudine Simon, piano  / Dominique Tack, comédien

Once upon a time est un spectacle de théâtre instrumental où la musique, par sa dimension dramatique et sa gestuelle, prend un caractère humoristique, critique, parodique ou ésotérique…
Au menu : Living-room music pour percussion et « quatuor de discussion » qui, comme la musique d’ameublement de Satie, suspend le temps et se goûte comme un instantané ; puis une composition inspirée du film muet Nosferatu de Murnau mettant en scène la lutte acharnée et tragique d’un pianiste avec un métronome, dont le battement se dérègle définitivement et, cerise sur le gâteau, la manifestation d’un… « ongle incarné » qui se mêle à la partie…

Autant de scènes d’action au caractère étrange, amusant, fantastique, fascinant ou ridicule qui ont aussi comme caractéristique d’interroger la notion d’oeuvre musicale.

avec : Jean-philippe Grometto : flûte,  Violaine Launay : contrebasse,  Jean-michel pirollet : saxophone,  claudine Simon : piano, Joël Schatzman : création lumière,  Omid Hashemi : vidéo

TEASER : Once Upon A Time // C. Simon – Auditorium cité des arts (73) – 2013 de Yoann COTRON.

Ciné-concert : improvisation au piano et piano-préparé sur des films muets (courts et moyens métrages).

Le cinéma expérimental des années 1920-30 : Dulac – Richter

Programme

Germaine Dulac : la coquille et le clergyman (1928)
Hans Richter : Film Study (1926) – Inflation (1927) – Ghost Before Breakfast (1928)

Le choix de ces films est guidé par mon désir d’aller à la rencontre de films qui appartiennent à cette période du muet, si riche sur le plan de la recherche esthétique, théorique, où le cinéma s’ouvre à l’expérimentation. Un cinéma qui s’échappe d’une  représentation de type théâtral, d’un certain réalisme naturaliste et privilégie le jeu avec les matières spécifiques du visuel : lumière, surimpressions, cadence, mouvement, montage.

Il peut toujours être inscrit dans le registre narratif, mais il opère un traitement nouveau du genre en laissant la part belle à l’inattendu, à l’étrange, l’insolite, l’image mentale ou l’image rêve. Il se veut être, par ailleurs une expression musicale du visuel. Et, précisément, je n’ai pas retenu certains films, notamment de Richter, qui en eux mêmes sont explicitement, par le rythme, la dynamique des attaques, l’accéléré, le ralenti, le montage, des expressions musicales de la lumière, du visuel. L’ajout de l’élément musical  aurait  constitué un pléonasme.

Mais ce n’est cependant qu’avec une certaine conception de la narration et du réalisme (qui inclut l’imaginaire) que je peux faire jouer les discours visuels et sonores dans toute leur intensité et leur dimension expressive : décalage temporel (récit sonore/récit visuel), jeu d’anticipation ou mémoire et bien d’autres modes de relations : correspondance dynamique, plastique, glissement des matières, homologie de formes (récit/musique)… la palette ne demande qu’a être enrichie.

Programme

Louis Feuillade : Erreur Tragique (1913)
Alice Guy : Le billet de Banque (1907)
Buster Keaton : La voisine de Malec (1920)

Je souhaite à travers ce Ciné-concert perpétuer une tradition et faire apprécier les diverses manières dont la musique guide ou exalte un récit, habite les pantomimes silencieuses,  joue avec les harmonies lumineuses du Cinéma Muet. J’ai choisi de développer mes stratégies et improvisation, à partir de trois films (courts et moyens-métrages).

Le premier film, Erreur tragique, est le fait de Louis Feuillade. Ce  célèbre réalisateur fut entre 1910 et 1925 un spécialiste de séries, entre comédie, drame, épouvante et policier, intitulées : Judex, Fantomas, Vampires. Le deuxième, Le billet de banque, est le fruit du travail d’Alice Guy, véritable pionnière du cinéma français. Le dernier, est réalisé et surtout interprété par Buster Keaton, considéré comme l’égal des Chaplin, Harold Lloyd, Harry Langdon…

Erreur tragique est basé sur un procédé ingénieux, appartenant originellement à l’univers pictural, qualifié de « mise en abyme ».

Le personnage principal du film, entré par hasard dans une salle de cinéma, voit sa femme passer fortuitement, en arrière plan des images, au bras d’un inconnu. Le « film dans le film » devient la source, le ressort du drame, excitant la jalousie de l’homme. Il achète une copie du film dont il visionne compulsivement, les photogrammes sur lesquels est fixée  « la trahison »… jusqu’au drame et à son dénouement.

Alice Guy structure son film par la répétition de scènes suscitant, a chaque fois, l’incrédulité, la confusion ou la méprise dans la drôlerie.

Buster Keaton multipliant les changements de direction, les variations de tempo, enchaîne les gags selon une incroyable vélocité, à partir de quiproquos procédant aussi bien du ridicule que de l’extravagance ou de l’absurde. Une démarche qui semble ne viser que l’efficacité comique et qui, cependant, conduit à l’expression d’une vraie puissance lyrique.