Claudine SIMON : piano préparé et hybridé, Vivien TRELCAT : lutherie informatique et électromécanique

Habituellement traduit par « nature », Phúsis signifie tout ce qui est et advient, c’est-à-dire la nature dans sa dimension la plus large possible. La totalité de ce qui est ou se produit, les évènements ou processus, est considéré à la fois dans son être et dans son changement ou mouvement.

 

Phúsis est un duo d’improvisateurs qui affirme une volonté forte d’interroger le jeu pianistique, la lutherie, son couplage avec la technologie et le numérique.

L’axe de cette collaboration se constitue autour de l’hybridation du piano réalisée par un dispositif électromécanique qui vient transformer la lutherie traditionnelle et en perturber l’usage. Le modelage des capacités sonores de l’instrument ouvre un nouvel espace de jeu.

L’augmentation électroacoustique de l’instrument, via un travail de timbre par traitement numérique permet de revisiter des savoirs-faire, un savoir-entendre, dans l’instantanéité de l’improvisation.  Une nouvelle grammaire musicale, gestuelle se dessine.

© Romu Ducros

LE DISPOSITIF PIANOMACHINE

Ce dispositif a été créé en 2020-21 par le collectif Sonopopée grâce à une commande faite à Claudine Simon par le GMEM-CNCM de Marseille. Le duo s’exprime autour du piano augmenté grâce à un ensemble de dispositifs et d’enjeux qui en procèdent.

Le premier dispositif consiste en une préparation du piano. L’ajout d’objets (aimants, vibreurs, corps sonores…) et de matières (pâte adhésive, roche, verre…) principalement destinées aux cordes, affecte les timbres de l’instrument. A ce dispositif s’ajoute la possibilité pour l’interprète de mettre directement en résonance le piano grâce à des baguettes de percussions et autres excitateurs plus insolites.

Le second dispositif est un ensemble de prothèses électromécaniques, piloté par le performeur machines via un setup de contrôleurs et une lutherie logicielle. Développé par le collectif Sonopopée, cet ensemble de robots aux profils divers (servomoteur, solénoïdes, électroaimants), vient agir sur les cordes et la structure du piano en mettant en action des baguettes, billes et autres percuteurs, ou bien en agissant sur les cordes par des battements magnétiques (sans contact).

Le troisième dispositif s’articule autour du dispositif électroacoustique et de la lutherie informatique (MaxMsp, GigPerformer). A partir de microphones venant capter et prélever les timbres de l’instrument, le son est diffusé, transformé et spatialisé par un système multiphonique de haut-parleurs.

 

Cette hybridation, procédant du jeu et des besoins de la pianiste, décuple ses possibilités de création sur le plan des timbres et des interactions. Cette mutation de l’instrument donne une nouvelle dimension singulière à ce projet :  la pianiste se voit elle-même hybridée par l’ajout d’un binôme.

Les potentialités propres à ce duo constituent un des axes de réflexion de cette recherche. Le second interprète, « marionnettiste » de la transformation sonore, déclenche l’action des machines, joue en interaction avec la pianiste, transforme, prolonge le son. Cependant l’hybridation par la lutherie informatique et robotique du piano, permet aussi l’émancipation de ce performeur machines. Il peut donner naissance à l’inattendu, augmentant le champ des possibles en s’affranchissant de la pianiste, rendant plus riches et variées les possibilités d’équilibre entre le jeu des deux protagonistes.

Production déléguée : GMEM-CNCM Marseille, développement et design Machines : Collectif Sonopopée (Max Lance, Vivien Trelcat, Nicolas Canot), avec le soutien de Saintex numérique Reims

–>> Extraits sonores et interview